Pourquoi un Scarabée?


Le Petit Scarabée, édition 2007L’idée du « Petit Manuel de Survie à l’Usage du Petit Scarabée » est née au beau milieu de la salle des professeurs, pendant la récré. Ce matin-là, l’une de nos collègues, fraîchement émoulue de l’IUFM d’alors, pousse les portes en pleurant, noyant tout sur son passage, nos voix, nos cafés. Elle sort de cours.

Le premier cercle des attroupés maudit les vilains garnements qui ont osé s’en prendre au gentil professeur. Chacun y va donc de son petit commentaire. Assurément, il va falloir faire quelque chose, des décisions vont être prises, des têtes vont tomber. Un jour.

Les autres, dont nous sommes, s’étonnent de la soudaine transformation d’une classe de monstres ordinaires en bestiaire fantastique. Car s’il est vrai que le quotidien du collège des Champs-Plaisants ne méritait pas vraiment son nom, le plus gros établissement ZEP de l’académie de Bourgogne ne nous était jamais paru aussi difficile à vivre que dans ces larmes de profs. Alors à quoi tenait cet écart entre nos expériences et la sienne ? Certainement pas à notre formation, inexistante en matière de gestion de conflits.

Une réflexion commence alors pour comprendre et aider. Très vite, il apparaît que de simples gestes, des attitudes, des modes d’expression, indépendamment de la matière enseignée, permettent de poser les bases d’une relation saine et équilibrée entre l’enseignant et ses élèves. Les premières notes griffonnées ce jour-là rassemblent une vingtaine d’évidences, du travail d’équipe aux premières mesures à prendre en cas de difficultés, en passant par le nécessaire dynamisme du professeur, la passion à la boutonnière. Ces quelques pages présentées en fin d’année aux stagiaires d’anglais sont reçues avec enthousiasme par ces futurs pensionnaires tremblotants de l’académie de Créteil. Les formateurs eux-mêmes reconnaissent que le calendrier très resserré de l’IUFM et les priorités de la formation disciplinaire ne permettent pas de traiter le sujet convenablement. Un manque existe donc.

Notre projet accepté, nous devenons dès la rentrée suivante intervenants à l’IUFM de Bourgogne aux commandes d’un module dont le titre seul avait de quoi faire peur… « Enseigner en établissements difficiles ou ZEP ». La réputation de notre travail nous amènera ensuite à animer pendant quelques années deux autres journées d’action : l’une auprès de tous les stagiaires de l’IUFM de Dijon sur le thème de la ZEP, puis une autre, plus recentrée sur le bassin sénonais, dans le cadre de l’accueil des néo-titulaires de la zone.

En constante mutation depuis ses premiers jours, notre Petit Manuel de Survie se veut le « manuel des castors juniors » du professeur débutant certes, qu’il soit stagiaire ou néo-titulaire, contractuel ou vacataire, de l’enseignement public ou privé, mais aussi plus largement, à tout professionnel de l’éducation, même aguerri, qui y trouvera des idées pour prendre un nouveau départ face à des classes dites « difficiles ». Au fil des pages, le « Petit Scarabée » poursuit son périple initiatique et apprend à ne pas limiter sa vision de l’enseignement à son unique salle de classe, et surtout à ne pas croire qu’il est seul dans l’adversité. Un établissement scolaire fourmille de dizaines de professionnels dont il découvre le rôle exact. Les premiers chapitres lui montrent en quoi leur travail est complémentaire de sa propre action éducative. Il apprend également, au travers d’exemples concrets et grâce à des ressources originales mises à sa disposition, comment diversifier sa pédagogie pour la rendre plus lisible et plus motivante aux yeux d’un public souvent en attente face à une institution dont il doute énormément.

Mais puisque les élèves sont avant tout des enfants, des ados qui plus est, la pédagogie seule ne suffit pas toujours à garantir le calme ou à empêcher d’éventuels dérapages. La seconde moitié du manuel expose les différents compartiments dans lesquels il est possible d’agir avant l’incident tant redouté : comment accueillir un groupe, comment communiquer, se déplacer, faire un plan de classe, et désamorcer les situations délicates avant qu’elles ne dégénèrent, mais aussi, quand l’incident survient malgré tout, comment l’affronter et le résoudre durablement au travers de nouveaux cas concrets.

Au bout de sa lecture, le Petit Scarabée aura compris que l’équilibre d’une classe ne s’acquière pas, il se travaille et s’entretient de septembre à juin, année après année, grâce à une pédagogie à réadapter constamment, à une bonne connaissance du système éducatif, et à une volonté ferme de prendre une part active à la résolution des coups durs, le tout dans le cadre d’un véritable travail d’équipe.

« Le Petit Manuel de Survie à l’Usage du Petit Scarabée » n’est pas un traité théorique sur l’éducation et l’enseignement dans les quartiers sensibles. C’est un guide pratique et concret de l’enseignement d’aujourd’hui, car le public auquel le professeur doit enseigner n’est radicalement plus le même qu’il y a vingt ans. Les méthodes de formation doivent donc évoluer dans ce sens. Chacune des lignes de notre petit manuel a été vécue, testée, éprouvée, certaines ont été souffertes. Et au bout du compte, toutes fonctionnent.

Mais ce que le lecteur retient au final, c’est le « style Petit Scarabée », ponctué de clins d’œil et d’humour taquin. Il est direct, énergique, inventif et résolument optimiste. Ce métier est tout à fait faisable et passionnant. Pour chaque coup dur, il y a une réponse. Notre petit manuel en propose une pleine collection!

 

Cendrine Creuzet est aujourd’hui professeur d’espagnol au collège Félix Eboué à Petit Bourg en Guadeloupe.

Curieuse de tout, elle s’investit dans les projets les plus variés. Elle a choisi de se consacrer cette année à la préparation de l’agrégation.

 

Laurent Carpentier est aujourd’hui professeur d’anglais au collège Claude Debussy à Villeneuve La Guyard (89).

Passionné de baseball, il pilote un projet de classe à thème mêlant les sports de batte et autres jeux de rue New-Yorkais à l’étude de la culture américaine.