Ne pas faire n’importe quoi…


Au commencement, il y eut cette fameuse idée folle : ce sacré Charlemagne inventa l’école. Ce que la chanson ne dit pas, c’est que dès le lendemain matin, et après seulement une demi-journée de pratique, l’Abbé Grincheux créa fort à propos le bonnet d’âne, les colonnes de cent lignes et le coup de règle à plat sur les doigts. Avec le temps, les pratiques se sont adoucies mais le principe originel n’a pas pris une ride : quand on enseigne, il faut punir. Non pas qu’il y ait un quelconque plaisir là-dessous, c’est une simple évidence ! Pour toutes les raisons déjà énumérées dans ces pages, l’autorité du professeur ne va pas de soi, et tout enfant qui se respecte – car les élèves sont des enfants, ne l’oubliez pas – testera d’une façon ou d’une autre les limites de celui qui est justement sensé incarner l’autorité. Tous les livres traitant de la psychologie de l’enfant vous diront que ça l’aide à grandir… Même si c’est difficile à entendre pour qui espérait y couper, le premier pas vers le salut est de considérer que la punition scolaire est un acte pédagogique à part entière.

 

mad stern#32 – Ce rappel n’a rien d’anodin. Aussi choquant que cela puisse paraître, il existe encore et toujours, ici et là, des irréductibles pour qui le fait d’indiscipline est une tare qui parasite leur érudition, et que l’on se doit de traiter violemment et sans retenue dès les premiers symptômes pour en éradiquer la racine. Ils font ainsi ressurgir, dans le secret de leurs classes, des pratiques d’un autre âge, disproportionnées et inégales d’une salle à l’autre : cent lignes de « je ne mâcherai plus de chewing-gum en jouant de la flûte », huit heures de colle sur quatre mercredis, un zéro pour un oubli de matériel, un autre pour ne pas avoir dénoncé son voisin de table, etc.

C’est pour lutter contre ces dérives que les textes officiels, très précis en matière de sanctions et de punitions, fixent un cadre rigoureux et souple à la fois. Suffisamment rigoureux, d’une part, dans le but de proscrire ces pratiques incompréhensibles qui discréditent l’institution dans son ensemble et son projet éducatif, tout en fragilisant la notion même d’autorité, favorisant ainsi l’apparition de comportements violents nés du sentiment d’injustice.

Ce cadre est également suffisamment souple pour permettre à tout professionnel consciencieux d’utiliser son libre arbitre afin de mettre en pratique des réponses raisonnables et justes, adaptées aux cas particuliers qu’il rencontre. Il n’existe donc pas de réponse figée, pas de nomenclature de la punition, mais des indications.

 

punitionssanctions#33 – En effet, pour être applicable et acceptable par l’élève pris en faute, toute punition scolaire doit avoir été prévue au règlement intérieur. Il faut donc, avant toute chose, dès ton arrivée, lire ce règlement intérieur. Il peut varier sensiblement selon les établissements, mais se base toujours sur la liste indicative suivante, définie par la loi :

  • inscription sur le carnet de correspondance ;
  • excuse orale ou écrite ;
  • devoir supplémentaire assorti ou non d’une retenue ;
  • exclusion ponctuelle d’un cours ;
  • retenue pour faire un devoir ou un exercice non fait.

 

#34 – Note que toute retenue doit faire l’objet d’une information écrite soit auprès du CPE, soit auprès du chef d’établissement ou de son adjoint. Les devoirs supplémentaires effectués dans l’établissement doivent être rédigés sous surveillance.

 

#35 – Il est également précisé que « les punitions infligées doivent respecter la personne de l’élève et sa dignité : sont proscrites en conséquence toutes les formes de violence physique ou verbale, toute attitude humiliante, vexatoire ou dégradante à l’égard des élèves. » Ce qui ne doit te priver ni de ton sens de la répartie, ni d’un certain mordant. La plupart des élèves n’ont rien d’une Juliette Capulet ou d’une Scarlet O’Hara, n’aies donc pas peur des mots. N’oublie pas non plus que l’humour est une arme redoutable !

 

#36 – Il est également impératif de distinguer les punitions relatives au comportement des élèves de l’évaluation de leur travail personnel. Il est formellement interdit – pour ne pas dire impensable – de baisser la note d’un devoir en raison du comportement d’un élève ou d’une absence injustifiée, pas question d’infliger non plus des lignes et des zéros.

 

#37 – Même s’il existe une échelle indicative des punitions scolaires, la réponse donnée à un manquement à la règle doit toujours être graduée en fonction de la gravité du manquement en question. Le fait que l’élève fautif ait déjà été sanctionné ne justifie pas en soit une punition plus lourde, car il convient non pas de sévir à tout prix, mais le plus souvent de trouver une solution durable à un problème donné. Certaines situations mineures du quotidien trouveront évidemment une réponse simple et quasi systématique (oubli de matériel, travail non fait, retard, etc.). Mais pour des faits d’indisciplines plus lourds (manque de respect vis-à-vis de l’adulte, perturbation de la classe, etc.), ou des récidives incessantes de manquements moins graves, tu dois éviter d’automatiser tes réponses et de monter en puissance aveuglément, car ces écarts peuvent cacher des situations plus délicates. Si l’élève doit être placé en situation de s’interroger sur sa conduite (pour grandir justement !), l’adulte lui doit chercher une résolution complète de l’incident, et s’il y a récidive, il devra – tu devras – chercher à adapter son action de manière à trouver une vraie réponse, ou mieux, un remède. Ce qui peut évidemment passer par l’intervention d’autres membres de l’équipe éducative.

 

#38 – Puisque la lecture du règlement intérieur en début d’année peine à remporter le prix Goncourt des écoliers (manque d’images peut-être…), une manière relativement simple de rendre tes décisions acceptables est, dès la première heure, de clarifier tes attentes du point de vue du travail en classe comme à la maison, ainsi que de l’attitude à adopter en classe, sous forme d’une fiche méthode ou de consignes. Il ne s’agira pas de faire une liste des choses à ne pas faire, ne te donne pas des allures de Père Fouettard, mais bien au contraire, d’insister sur les objectifs à atteindre.

 

#39 – Si tu préfères ne pas avoir recours à un contrat écrit – tout simplement parce que tu n’auras peut-être pas encore eu le temps d’y réfléchir – annonce tout de même ton mode de fonctionnement, même de manière sommaire, afin d’indiquer la marche à suivre, et peut-être laisser entendre que tu seras vigilant.

 

#40 – Quoi qu’il arrive, une nouvelle fois, ne traite pas la classe comme un groupe compact, mais comme un ensemble d’individualités bien distinctes. Sache reconnaître aussi bien les défauts que les qualités de la classe et garde-toi bien des généralités. S’il y a un ou plusieurs perturbateurs, identifie-les puis isole-les dans la classe. Ne fais pas rejaillir par tes commentaires ou tes décisions disciplinaires un peu de leur comportement sur ceux qui ne bougent pas une oreille.

 

#41 – Par conséquent, fais-toi une règle de ne jamais donner de punition collective pour obtenir, par exemple, le nom d’un coupable. Ce type de mesure est aussi injuste qu’inefficace. Effet catastrophique assuré ! Une façon efficace de démasquer le ou les fautifs peut consister à prendre la classe par petits groupes – en fin d’heure par exemple – et de recouper les informations récoltées. N’hésite pas non plus à faire intervenir le CPE si la situation se complique, mais efforce-toi de rester partie prenante de la gestion des conflits de ta classe. Il y va de ton autorité.

Faire apparaître la vérité en douceur...

#42 – Même poussé à bout – ça arrive – n’énonce jamais de grandes mesures disciplinaires que tu n’es pas sûr de pouvoir tenir. Réfléchis bien aux implications que de telles mesures pourraient entraîner, ne serait-ce qu’au point de vue matériel (tests à répétition = corrections à répétition, bouleversement et diminution de la durée des séances, etc.).

 

#43 Évite de t’acharner sur un élève, même si lui semble vouloir s’acharner sur ton cours. Une nouvelle fois, fais preuve de recul et de discernement. C’est toi l’adulte responsable !

 

#44 – Une fois le problème réglé, l’ardoise est effacée. On repart à zéro. Évite le piège de l’habitude dans l’attitude. Reste vigilant, mais pas crispé.

 

#45 – Montre que tu remarques les efforts que produit l’élève qui cherche à corriger son attitude. Dis-lui s’il approche de ce que tu attends de lui, et si le but est atteint, dis-le-lui sans détour ! Tes mots peuvent marquer une étape importante dans l’évolution de son comportement.

 

#46 – Enfin, ta tâche en matière de discipline de s’arrête pas au seuil de ta salle. En dehors de la classe, tu restes un membre actif de l’équipe éducative. Réagis toi-même si tu es témoin d’une faute. N’attends pas de la vie scolaire qu’elle fasse justice à ta place.

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