Mettre toutes les chances de son côté


De toutes les difficultés rencontrées par l’enseignant, qu’il soit débutant ou pas, la question de l’autorité est sans conteste la plus douloureuse et la plus compliquée à résoudre quand elle vient à se poser (il existe des endroits privilégiés me dit-on dans l’oreillette…). Tout simplement car, contrairement à la juste pédagogie que seule la sagesse du grand âge nous apprendra à maîtriser parfaitement, en matière d’autorité il y a souvent urgence !

Peut-on être dénué d’autorité ? Pour y répondre, par pitié, ne passe pas tes week-ends devant ta glace de salle de bain à te demander si la nature t’a pourvu du charisme ou de l’autorité naturelle de Maître Yoda, les oreilles en moins. Comme le reste, cette qualité – que certains maîtrisent plus vite que d’autres, va savoir pourquoi – se travaille et s’acquiert avec le temps. S’il est impossible en quelques feuillets de remplacer des années de réflexion continue et de recherches, il existe tout de même quelques sages conseils qu’il est tout à fait essentiel – pour ne pas dire vital – de mettre en place dès la première heure pour commencer du bon pied. Rater un début d’année n’a rien de catastrophique, tout peut se récupérer en quelques semaines, mais bon, si on peut l’éviter…

 

#24 – Avant toute chose, sois chaleureux et bienveillant. Ne cherche donc pas à faire peur ou à impressionner dès la rentrée pour « marquer les esprits ». On m’a dit jour, « je n’ai qu’un conseil à te donner, jeune Padawan, ne souris pas avant Noël… ». Moi qui fais cours avec du poil à gratter dans la poche, j’ai dû craquer cinq semaines avant la Toussaint. Une chose me parait sûre depuis le temps, c’est que si tu entames les relations avec tes classes sur le mode de l’hostilité, elles sauront te le rendre au centuple. Préfère passion et énergie !

 

Les DingoDossiers de Gotlib

#25 – Apprends rapidement à reconnaître tous tes élèves. L’anonymat est néfaste dans les deux sens. L’élève trop longtemps anonyme – communément nommé « toi » en cas d’infraction, ou « jeune homme » quand on a besoin de lui – a du mal à se sentir pleinement concerné par ce qui se passe, ce qui peut dégager beaucoup de temps libre pour développer toutes sortes d’activités parallèles. Par ailleurs, tu n’auras pas de vision globale du groupe (fâcheux en cas d’incident), et ton animation de la classe manquera toujours un peu de pêche tant que tu ne seras pas capable de les nommer tous par leur prénom. Pour cela, constitue au plus vite un trombinoscope. Parfois le PP (comprends ici, le professeur principal) en aura fabriqué un dès les premiers jours de la rentrée. Dans d’autres cas, toutes les photos des élèves seront disponibles au bureau de la vie scolaire. Tu peux également leur demander d’écrire dès le premier cours leur prénom sur un cavalier qu’ils placeront sur leur table à chaque heure. Enfin, tu peux demander aux élèves de ne pas changer de place pendant les premières semaines, et te fabriquer un plan de la classe sur lequel chaque nom sera noté. Hop !

 

#26 – Profite des premiers appels pour commencer par une note d’humour : essaie de voir si les noms s’impriment dans ta p’tite tête de Padawan soumise à si grande épreuve en ce début d’année. Demande-leur de ne pas lever le doigt à l’appel de leur nom.

 

#27 – Afin d’éviter les temps morts, source d’embarras pour le professeur et synonyme de récréation pour quelques membres de l’audience, prépare tout ton matériel à l’avance. Ton livre et ton cahier d’exercices sont à portée de main, ta préparation de cours est bien en vue, le fichier audio ou vidéo à portée de clic, tu t’es assuré à l’avance du bon fonctionnement de tous tes appareils (ordi, sortie audio, videoproj’, que sais-je…), mais aussi que tu as des craies en nombre suffisant, que tes feutres n’ont pas rendu l’âme au fond de ton sac et que tes photocopies sont faites et préparées sur ton bureau. Ces petites choses sont des prérequis qui t’éviteront poussées de fièvre et perte de crédibilité. Et oui, l’autorité passe d’abord par là ! Ton professionnalisme est ton premier atout.

 

#28 – Même si cela répond à l’un de tes nombreux rêves de candidat au concours, ne te contente pas d’occuper la chaire inerte du prédicateur tout en haut de l’estrade. Cette configuration reflète en grande partie une vision archaïque de l’enseignement. Fais un pas dans la modernité, ne te mets pas au-dessus du lot. Va à l’encontre de tes élèves, déambule au milieu des rangs, déplace-toi pour donner du rythme, bref, occupe l’espace!

eyeliner

#29 – Ne va pas croire en passant dans les couloirs, que les hurlements incessants de tes collègues traduisent leur autorité sur un groupe. Tâche surtout de ne pas les imiter en cela. Ta voix mérite bien mieux, c’est ton meilleur outil de travail ! Ne la limite pas à un vieux numéro de tyran de série B. Apprends à en jouer et invente-toi un don pour l’imitation : aggrave ton timbre, monte vers les aigus, roule les R (surtout si tu n’es pas professeur d’espagnol !), varie les intonations et les rythmes. Fais-toi plaisir ! C’est un très bon moyen de garder l’auditoire éveillé, et lorsqu’il s’agira de réprimander, tu découvriras qu’on peut le faire sans se casser les cordes vocales.

 

#30 – Être enseignant, c’est aussi faire partie de la vie des élèves. Tu figureras un jour sans doute d’une façon ou d’une autre dans le trombinoscope qu’ils garderont de leurs années collège ou lycée. Tu seras regardé, parfois même admiré. Prends donc soin de ton image et de ta tenue. Insisterais-je sur l’hygiène ? Il ne s’agit évidemment pas d’adopter un costume trois pièces du jour au lendemain si tu es plutôt du genre bermuda-pantoufles-chaussettes, mais ne cherche pas non plus à te vêtir comme eux. Que cela te plaise ou non, tu as cessé d’être « un jeune » dès l’obtention du CAPES. Sois juste naturel… et propre sur toi.

 

#31 – Fais-toi une règle de terminer avant l’heure. En pratique, la sonnerie sonne le glas de ton cours, après elle, plus personne ne t’écoute, et vouloir à toute fin qu’on prête attention à tes propos serait aberrant puisque tu ne respectes pas toi-même l’horaire imposé. Et s’il faut un dernier argument pour te convaincre, si tu annonces le travail à faire après la cloche, les élèves trouveront là une excuse en or pour justifier une information mal perçue ou un travail non fait. Sois organisé !

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