Les joies des plans de classe 4


Le plan de classe, disons-le direct, n’est pas une punition collective, et ne doit surtout pas être présenté comme tel : « Mortecouille, vous n’êtes qu’une bande de gredins, je m’en vais tous vous séparer céans ! ». Non, non, le plan de classe, c’est avant tout une façon plutôt habile de dynamiser l’auditoire, pas forcément toujours agréable pour nos chères têtes blondes certes, mais efficace si l’on réfléchit la chose convenablement au préalable.

La meilleure manière de l’amener consiste tout simplement à commencer l’année avec un premier plan parfaitement aléatoire dès la première heure de cours, en expliquant que c’est toi qui choisiras où chaque élève ira poser son céans. Institué d’emblée et changé régulièrement, le procédé passe inaperçu. Et hop!

Mis en place en cours d’année par contre, il peut en faire râler plus d’un, mais le bénéfice à en tirer est réel. Il faut donc le présenter comme une mesure d’encouragement. Demande alors aux autres profs de l’équipe s’ils ont trouvé des associations efficaces auxquelles tu n’aurais pas pensées. Certaines peuvent être surprenantes !

 

 

57 – Dans les établissements modernes, le problème se pose peu, mais dans les vieilles bâtisses, le premier réflexe est de s’assurer qu’aucun élève ne pourra être coupé du groupe de part la configuration de la salle elle-même (trop longue, trop large, poteaux en plein milieu).

 

58 – Si c’est le cas, n’hésite pas à modifier la disposition des tables pour rendre la salle plus fonctionnelle à tes yeux : tables de deux, ilots de quatre, système « en U », etc. Trouve la configuration qui te va le mieux. Elle peut être différente selon tes classes et les salles que tu occupes. Pense à en discuter avec les collègues qui utilisent les mêmes salles que toi.

 

59 – Et pour trouver celle qui t’ira comme un gant, rien de tel que de l’essayer ! Voici quelques indications sur les bénéfices et les désavantages de deux systèmes très répandus : « le U » et « l’autobus ».

 

« L’autobus »

 

60 – A la tradition, puisque c’est la configuration la plus répandue, ajoutons le réflexe conditionné. Lorsqu’une classe pénètre dans une salle, les mêmes forces entrent systématiquement en action, année après année. Les « bons élèves » se précipitent sur les premiers rangs et s’entraînent à décocher leur main plus vite que leur ombre, tandis que ceux qui préfèrent se faire oublier se dirigent immédiatement au fond de la classe, qu’elle dispose de 5 rangs ou de 25. D’autres encore, plus soucieux de leur confort, iront se pelotonner contre le radiateur (même au mois de mai), et déplaceront au besoin leur table de plusieurs dizaines de centimètres pour pouvoir reposer leur tête sur le rebord de la fenêtre tout près.

 

61 – Laisser ce genre de comportements se mettre en place dès le début de l’année, c’est au minimum s’offrir une bonne tranche d’efforts supplémentaires pour mobiliser l’attention de tous. De ces quelques réflexes que nous avons tous eu à leur âge (tu étais plutôt radiateur ou premier rang ?), quelques enseignements s’imposent. Il faut envisager ta salle comme un espace découpé en zones d’influence. S’il est difficile de communiquer d’un bout à l’autre, une conversation peut quand même avoir lieu sur plusieurs rangs. Donc :

 

62 – Ne jamais placer un élève potentiellement agité au fond de la salle. Tout d’abord parce qu’il y serait parfaitement installé pour y développer toutes sortes d’activités parallèles étrangères à ton cours. Ensuite, si c’est à la suite d’un écart de conduite que tu décides de le déplacer vers le fond, il en conclura très logiquement que tu ne veux plus te soucier de lui, ce qui ne fera qu’étendre le problème plutôt que de le régler.

Le plan de classe dit de l'autobus

63 – Place-le plutôt dans les tous premiers rangs (voir schéma ci-contre). S’il dispose d’un public, entoure-le d’élèves qui seront moins réceptifs à ses appels (des filles le plus souvent, ou d’autres élèves avec qui il n’a pas spécialement de lien : attention, pas l’un de ses rivaux !). Ne choisis pas nécessairement les « bons » élèves pour jouer ce rôle de tampon – tu peux le faire, mais évite de leur faire jouer systématiquement le rôle des redresseurs de tort – mais des élèves au tempérament calme (même si ce sont parfois les mêmes), voire mou ou endormi. Suivant les classes ou l’endurance de l’élève concerné, cela peut être plus ou moins difficile.

 

64 – De même pour les élèves en difficulté, ne les place pas trop près du fond. Préfère les installer près du tableau. Évite d’ailleurs de leur faire jouer ce fameux rôle de tampon auprès d’un élève agité. Préserve autant que possible leur environnement pour leur permettre de se concentrer plus facilement.

 

65 – S’agissant des élèves les plus motivés à l’oral, utilise leur énergie pour former des pôles animés au milieu et sur chaque côté. Évite tout de même de les mettre tout devant, leur présence doit pouvoir « contaminer » tout un secteur et faire venir l’énergie du fond de la classe. Place donc devant eux des élèves timides, peu bavards ou généralement endormis. Si ça ne suffit pas à les inviter à prendre la parole, ça les tiendra au moins éveillés!

 

66 – Pense également que ton regard sera naturellement attiré par le côté le plus éclairé de la salle, la rangée bordant les fenêtres. Si les forces de ton effectif sont déséquilibrées (trop peu d’élèves actifs), évite donc de placer dans l’ombre une série d’élèves endormis, tu risquerais de les oublier totalement.

 

67 – Enfin, si ton effectif et la taille de la classe le permettent (ce qui risque d’arriver plus en collège qu’en lycée malheureusement), tâche de grouper les élèves afin de ne mettre personne au fond, ou au moins de garder une table libre, ce qui peut être très utile quand un élève de retour d’une longue absence doit effectuer une évaluation ou lorsque tu reçois un élève exclu d’un autre cours.

 

Le « U »

 

68 – L’avantage indéniable du « U », c’est la place faite à la convivialité. Tout le monde se voit, les échanges à travers la classe sont facilités. Lors d’une phase de travail oral en classe de langues vivantes, les élèves peuvent fonctionner sans l’enseignant, qui peut totalement se faire oublier.

 

69 – Selon l’emplacement du bureau, tu disposeras de plus ou moins de place pour aller au cœur de la classe, à l’intérieur du « petit U » (voir schéma ci-dessous). Assure-toi tout de même de pouvoir circuler entre les deux U, ainsi que derrière les rangs situés sur les côtés. Certaines salles auront du mal à accepter cette configuration.

 

70 – Comme pour « l’autobus », les élèves qui posent problème ne doivent pas être placés au fond, même si le fond de salle paraît beaucoup plus proche de toi dans un système en U. Lorsque tu te trouves à proximité du tableau, tu as 4 tables immédiatement à côté de toi – quand l’autre système n’en donne que 3 – soit 8 places de choix pour des élèves agités. Ceci étant, si ton effectif compte plusieurs perturbateurs, préfère les regrouper sur la même file de façon à éviter qu’ils ne se voient directement, ou place en un dans le petit U, et un autre derrière lui, mais pas trop près.

 

Une classe en U71 – Si tu as su présenter les choses comme il faut, les élèves auront compris que ton emprise sur leur placement à l’intérieur de la classe est positive pour eux. Suivant ta démarche, il peut arriver que deux élèves te proposent de faire des efforts de comportement afin de rester ensemble. N’hésite pas à accepter, au moins pour essayer, même si certains collègues te déconseillent vivement cette association. On ne sait jamais, ça peut marcher avec toi ! Montre par là que tu es quelqu’un d’ouvert et de positif, et que tu es prêt à leur faire confiance.

 

72 – De la même manière, si certains élèves habitués à travailler ensemble et à s’entraider souhaitent rester côte à côte en classe, essaie de préserver les binômes tant que ton plan de classe reste efficace. Si tu dois les séparer pour répartir au mieux les forces, explique leur directement ton choix.

 

73 – Malgré toutes ces recommandations d’ordre plutôt sécuritaire, encourage les élèves à changer de place lors d’un changement d’activité : par exemple pour une correction de contrôle où certains élèves vont aider d’autres camarades à corriger, un travail sur la méthode pendant lequel les élèves les plus à l’aise iront expliquer les choses avec leurs propres mots, souvent plus clairs dans leur langage que dans le nôtre. Au passage, cette pratique permet de gérer l’hétérogénéité, car cela évite que des élèves s’ennuient car ils n’ont rien ou peu de choses à corriger.

 

74 – Une fois encore, si ton effectif et la taille de la classe te le permettent, regroupe les élèves. En priorité autour du petit U, au milieu duquel tu as accès à 10 élèves sans te déplacer (quelle économie de semelle !). Si des tables peuvent rester inoccupées, préfère libérer l’une ou l’autre des tables grisées dans le schéma ci-dessus. Ces petits coins sont de véritables pôles de bavardage, donc attention à qui tu décideras d’y placer…

 

75 – A propos des schémas proposés, il existe évidemment plus de trois types d’élèves. Certains agitateurs seront également d’excellents élèves, qui, entre deux interventions géniales, n’hésiteront pas interpeller leurs copains trois rangs plus loin. Ce n’est pas toujours facile d’établir un plan de classe efficace suivant le niveau général de la classe, le degré d’agressivité d’un élève ou le nombre d’élèves en difficulté.

 

Quoique l’on fasse, il faut bien l’admettre, le confinement d’une salle de classe est loin de satisfaire les exigences de l’enseignement au sens large. « L’autobus » favorisera de lui-même le dérapage progressif vers un cours magistral, centré sur le professeur. Le « U » offrira bien peu de solutions pour une classe pleine d’agitateurs qui n’auront de cesse de se chercher du regard et de se faire des petits signes pour pouffer de rire. On peut également tenter l’ilot de 4 à 5 élèves (qu’il soit bonifié ou non), qui lui aussi – en dépit de tous ses avantages fantastiques – apportera son lot de bruits de fond et de conversations de café.

La salle de classe est aujourd’hui bien loin de satisfaire un public de plus en plus habitué à être libre de ses mouvements, pour qui le fait d’être assis 55 minutes est de l’ordre de la torture moyenâgeuse. Rappelons donc que ton plan de classe n’est qu’une partie du dispositif. Le rythme du cours, la diversité des activités, le thème abordé devraient pouvoir ajouter un peu d’huile au mécanisme. Quoiqu’il en soit, reste vigilant et fais quelques modifications ici ou là dès que l’agitation ou la monotonie s’installent.


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4 commentaires sur “Les joies des plans de classe

  • stephanie

    Bonjour,

    Merci pour cet article , je ne suis pas PE , ni prof au collège ou lycée …juste une maman qui se demande si elle peut demander à la maitresse si on pouvait mettre son fils (cp) plus près du tableau( j’ai fait vérifier sa vue pendant les vacances et tout est ok)… il est au fond, de la classe seul à sa table ..si cela pourrait l’aider à s’impliquer, ne pas trop se disperser en sachant qu’il est devant. Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire …. »i m watching you »
    Si c’est envisageable ou si je risque un tollé mémorable je suis contente déjà que mon idée ne soit pas saugrenue…