Evaluation et motivation


La note est incontestablement la clé de voûte du système éducatif français. Note après note, le parcours scolaire d’un élève se construit, son projet d’orientation prend forme. De toute évidence, notre culture est celle du résultat, les mathématiques sont la langue officielle de l’enseignement. Mais il faut reconnaître que les chiffres n’ont pas le pouvoir des mots, et les méthodes d’évaluation comme les objectifs à atteindre ne sont pas toujours très clairs pour les élèves comme pour leurs parents.

Dans ce contexte, tous imaginent volontiers le professeur lancer ses copies du haut d’un escalier, laissant les courants d’air décider de leur sort : les plus hautes marches accueilleront les meilleures notes, le palier se chargera de baisser la moyenne de classe. Transmise de génération en génération, cette anecdote invraisemblable rend bien compte du flou dans lequel nagent les uns et les autres en matière d’évaluation, que l’on appelle communément « interrogation ». Le mot, loin d’être anodin, décrit parfaitement ce que bon nombre d’élèves croient savoir de l’exercice. Il s’agit davantage en ces termes d’étaler précipitamment ses connaissances sur une page vierge que de démontrer la qualité d’un savoir-faire ou la précision d’un savoir. Cette incompréhension peut expliquer à elle seule le manque d’efforts d’une part de la population scolaire, et génère fréquemment frustration, colère et agressivité.

Pour l’enseignant, l’évaluation au quotidien est avant tout un moyen de mesurer les progrès de chacun afin d’ajuster son enseignement au mieux. Elle reste donc un acte pédagogique essentiel. Mais pour tout ce qu’elle peut engendrer de négatif, il faut trouver les moyens de la préparer, de l’accompagner et de l’expliquer afin d’en tirer chaque fois un vrai bénéfice, quelle que soit la note. Voici donc exposées quelques pratiques mises en œuvre autour de l’évaluation pour focaliser l’attention de l’élève sur sa marge de progression, et les outils méthodologiques à sa disposition pour combler ses lacunes, afin de ne pas en rester au résultat obtenu.

 

EvaluationMotivation2#47 – Petit rappel de principe pour commencer, il existe deux types d’évaluation : formative et sommative. L’évaluation formative  permet à l’élève de faire le point sur les objectifs qu’il a atteints en termes de savoirs et de savoir-faire au cours d’une séquence d’apprentissage. Elle peut être suivie d’activités de remédiation. L’ensemble n’est pas nécessairement noté. L’évaluation sommative a lieu à la fin de la séquence. Il s’agit d’un bilan noté.

 

#48 – Les évaluations orales et écrites doivent répondre à des critères distincts. Donc pas d’interro à la Want Again, tirée du haut de ton chapeau en franchissant la porte parce qu’Enzo porte un bonnet dans le couloir. Les modalités de mise en œuvre et de notation sont également différentes (durée, objectifs à atteindre, barème).

 

#49 – Une note chiffrée concerne un devoir bien déterminé effectué à un instant précis, et rend compte d’un travail donné, il ne s’agit pas de fournir un jugement de valeur sur un élève « vous ne ferez jamais rien Guy Degrenne!». Jusqu’à preuve du contraire mon Petit Scarabée, tu n’as pas de don d’extralucide. Reste donc bienveillant et positif dans tes appréciations.

 

#50 – De même, sache qu’il n’est pas permis de baisser la note d’un devoir ou d’y attribuer un zéro en raison du comportement déplacé d’un élève, comme une tricherie ou des dessins très étonnants au dos de la copie, ou encore d’une absence injustifiée. Il reste possible de n’y accorder aucune note, et de prendre d’autres mesures, telles qu’une punition ou une sanction disciplinaire en fonction de la gravité de la situation. Une tricherie peut par exemple amener à refaire une évaluation équivalente à un autre moment (sachant que l’incident sera traité séparément).

 

#51 – Par ailleurs, un élève absent lors d’un contrôle n’est pas dispensé pour autant ! Il peut composer à son retour. Cette règle de fonctionnement peut être instituée dès le début de l’année pour la rendre plus acceptable quand le cas de figure se présente. L’élève peut composer soit au fond de ta classe si les activités le permettent, ou dans la salle d’un collègue qui voudra bien l’accueillir pour l’occasion. Ça se décide très facilement, très rapidement, le plus souvent en salle des profs et hop !

 

#52 – Les critères d’évaluation doivent être connus ou facilement identifiables par l’élève. La consigne de travail doit être le plus clair possible. Lors d’un contrôle, l’élève doit pouvoir faire appel à toi s’il ne comprend pas cette consigne. Il n’est pas évalué sur sa compréhension de la consigne…

 

#53 – En langues vivantes, lors d’un contrôle écrit, il peut être intéressant de laisser un espace de liberté ou Bonus où l’élève pourra écrire ce que bon lui semble dans la langue du cours. Ce petit texte ou ces quelques mots, qui auront un lien ou non avec les leçons étudiées en classe, te permettront de voir ce qu’il sait, ce qu’il n’a pas compris ou ses capacités à travailler en autonomie. Cette petite production pourra être bonifiée d’un point ou deux et permettra à l’élève fort de montrer l’étendue de ses connaissances et de se faire plaisir à la fin d’un contrôle qu’il aura peut-être trouvé facile, et valorisera le travail de l’élève en difficultés. Cet espace renseigne également sur les différents rythmes d’apprentissage au sein d’une même classe.

 

#54 – Lors de la correction d’un devoir écrit, utilise des couleurs différentes pour montrer aussi ce qui est réussi ou en progrès, même faible. Essaie de trouver quelque chose à valoriser dans chaque copie. Cette démarche incite les élèves à relire leur copie une fois notée et à prendre en compte les remarques formulées par le professeur en appréciation. Garde le rouge pour les vraies fautes, et offre-toi de beaux crayons bleus et verts !

 

#55 – Il est possible d’envisager des tests écrits réguliers (voire hebdomadaires) sur 5 ou 10 sur un point du cours précédent ou de la séquence en cours, ceci pour encourager l’attention et l’apprentissage régulier même si on s’approche du système de la carotte… Attention toutefois à la surcharge de copies à corriger ! Pense à des évaluations orales régulières (de préférence quotidiennes) pour les cours de langues vivantes.

 

#56 – Pour ce faire, donne systématiquement du travail à préparer à la maison, mais en quantité raisonnable. N’oublie pas que les élèves n’étudient pas que ta matière et que leurs soirées peuvent être bien longues après des journées souvent déjà bien chargées. Un devoir très court reste un devoir, de plus, donné deux ou trois jours à l’avance il sera sans doute mieux fait qu’un gros boulot donné du jour pour le lendemain… M’enfin moi j’dis ça…

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